Comment avance le projet de brasserie à Wallis et Futuna ?

Il y a quelques mois de cela, un projet de brasserie locale a vu le jour à Wallis et Futuna. Ce sera la première entreprise de ce type sur ce territoire. Une bonne nouvelle pour l’économie locale ?

Qui est à l’origine de ce projet ? (entreprise, chef de projet)

Je m’appelle Pierrick Maury, et suis le gérant de la Brasserie de Wallis-et-Futuna.

Résidant en Nouvelle-Calédonie depuis 11 années, et impliqué dans le développement économique, j’ai eu l’occasion de me déplacer sur Wallis-et-Futuna lors de rencontres professionnelles, notamment avec le cluster NCT&I, anciennement nommé AVEX. Le territoire Wallis-et-Futuna, représenté par le Préfet et l’Assemblée Territoriale, nous signifiait alors une volonté de développement de son activité.

En lien avec le développement d’une brasserie artisanale néo-calédonienne, l’idée a germé de créer un projet similaire à Wallis-et-Futuna avec une volonté de démarche artisanale et responsable.

Dès le départ, la volonté pour ce projet était double :

  • Encourager une co-construction entre WF, la NC et la France métropole, vite rejointe par l’engouement de Polynésie française.
  • Ouvrir l’accès au capital à des citoyen.ne.s qui sont souvent les grand.e.s oublié.e.s des projets porteurs et innovants.

Il existe beaucoup de projets intéressants qui ne voient pas le jour car il manque souvent du soutien, de connaissances ou pour d’autres, la possibilité d’investir à hauteur des moyens. (C’est d’ailleurs pour cette raison que les actions étaient accessibles dès 10.000 XPF.) 

Je suis dans cette démarche pour contribuer à l’évolution du monde économique actuel, à bâtir une démarche collaborative, ET une prise de position sur ce que l’on souhaite voir émerger ou non. Certes, tous les domaines ne nous parleront pas mais la diversité des possibilités est nécessaire pour construire un tissu riche. 

Cette volonté est un fil rouge dans mon parcours : J’ai fondé la Financière du Pacifique et avec elle la Première plateforme de financement participatif, ainsi que le réseau de Pacific Angels, sur le fait qu’une communauté qui construit un projet ensemble est génératrice d’innovation, d’échanges et aussi garante d’une ligne directrice dans les valeurs.

Au niveau soutien administratif, je me suis entouré de :

  • BY-BANK, une banque d’affaires et d’investissement (qui n’est pas une banque de dépôt, mais une structure spécialisée dans les cycles économiques des entreprises : leur développement et leur transmission) au niveau de l’organisation de la levée de fonds.
  • la FIPAC, au niveau de la gestion administrative et la communication

La dernière fois que le sujet a été abordé aux infos, vous étiez à la construction du bâtiment devant accueillir le projet. Quel est l’état actuel du projet à Wallis ? 

Photo de la brasserie de Wallis et Futuna
Photo de la brasserie de Wallis et Futuna

Le dock est en finalisation, la salle de brassage et tout le matériel annexe sont commandés, la livraison du système des traitements des eaux usées en attente.

Quelles sont les prochaines étapes ? 

  • Réception de la station d’épuration 
  • Réception de la salle de brassage et de la machinerie annexe (étiquetteuse, embouteilleuse)
  • Installation avec formation sur place du brasseur, par un brasseur de Nouvelle-Calédonie pour le premier brassage. Une assistance technique qui restera évidemment joignable puisque l’idée est un partenariat de compétences, et de la co-création pour le départ
  • Lancement.

Pourquoi vous installer à wallis alors que c’est un marché très restreint ? 

Il n’y a pas de marché très restreint en soi. En fait, parler en ces termes revient à penser que l’on souhaite entrer dans la concurrence de grandes brasseries, ce n’est pas le cas.


Les bières actuellement représentées sont importées, mais il y a de la place pour une production locale qui mettra en valeur et développera un savoir-faire. 

Dans le monde actuel, on se représente souvent la brasserie comme une production industrielle de masse mais ce n’est pas l’histoire de la bière : La vie de la bière était locale, artisanale, humaine. Elle était adaptée à la demande courante, mais pouvait aussi être achetée par les passant.e.s. C’est ce que nous visons en créant cette brasserie. Elle oscillera entre artisanat (temps de brassage, recettes, mélanges) et mécanisation (de par la présence de machines).

En revanche, ce développement de savoir-faire local, nous souhaitons le valoriser au delà du territoire et d’une façon particulière.

Face à la Hinano pour la Polynésie Française, la Tusker du Vanuatu ou encore la Number One de Nouvelle-Calédonie, le Territoire de Wallis-et-Futuna sera représenté avec fierté sur les marchés internationaux par sa propre bière, au côté de ses autres richesses locales.

D’autant que nous construisons toute la démarche pour que notre Bière soit un nouveau produit artisanal, brassé localement, de façon raisonnable et en respectant une démarche éco-responsable à tout niveau :

  • Choix des bouteilles en verre pour éviter les cannettes en aluminium et ainsi permettre l’instauration de la consigne donc la valorisation du matériau avec une absence de déchets.
  • La matière première sera choisie avec soin dans une agriculture raisonnée et éthique, elle-même respectueuse de l’environnement.

Vous aviez proposé l’achat d’actions dans ce projet. Quel en est le bilan ? 

D’un point de vue chiffré, le bilan est largement satisfaisant avec un bouclage à 95% sur les 120MF recherchés.

Pour autant d’un point de vue représentativité, si je suis content de la diversité des territoires dans l’investissement (NC, France Métropole, PF), le bilan est décevant dans la mesure où peu de wallisiens et de futuniens ont investi dans le projet.

Ceci s’explique simplement : il est rare que les projets soient accessibles en terme de faisabilité mais également en terme de prix de participation. Ce projet a surpris et désarçonné malgré la part à 10.000 Xpf et les rencontres organisées à plusieurs reprises, notamment dans les locaux de la CCI de Mata-Utu. 

Toutefois, le projet est lancé et l’entrée au capital est désormais restreint au cas par cas. 

Quelles sont vos estimations en terme de production et en terme de prix de vente ? 

En terme de prix de vente, nous visons 1 bouteille de bière à 300 xpf
En terme de production, 80.000 Litres de production par an.

Combien de wallisiens et de futuniens comptez vous embaucher ? 

Nous souhaitons embaucher 5 à 7 personnes à Wallis-et-Futuna. 

Quel sera le nom de la bière produite localement ? 

De manière volontaire elle n’aura pas de nom spécifique, mais les différents types se distingueront par les différentes couleurs d’étiquettes. Ce choix se fait sur des questions de frein marketing lors de la présentation à l’international. Nous désirons que les bières soient des portes d’entrée et cela passe donc par permettre aux personnes de commencer par localiser le territoire de Wallis-et-Futuna, l’identifier avant d’en apprendre davantage. 

Quel(s) type(s) de biere(s) allez-vous produire ? 

La première sera une Lager Blonde, une bière légère aux saveurs fruitées.
Par la suite, nous désirons l’accompagner de trois autres types de bière : 1 blonde pale ale, 1 blanche et 1 brune. Nous l’adapterons à la demande.

Quand pensez-vous pouvoir lancer les premières productions de bières et les premières ventes ? 

Nous œuvrons pour Juin 2020 !

Mahina mag pacifique